Les atypiques, naturellement créatifs


Notice: get_currentuserinfo est obsolète depuis la version 4.5.0 ! Utilisez wp_get_current_user() à la place. in /home/coachwig/hautpotentielcoaching.com/wp-includes/functions.php on line 3853

Enfant jouant aux Lego

À la lecture de cette chronique parue en novembre 2017 dans le magazine La Recherche sur l’innovation et la créativité, il m’est venu deux réflexions:

  • nous parlions justement il y a quelques jours dans notre groupe d’échange de l’importance d’être interdisciplinaire dans tous les domaines et de pouvoir mélanger, lier, rapprocher les concepts. Cette chronique fait écho à ce constat par ses exemples sur Johannes Gutenberg et sur les frères Lumière. Nous regrettions que les disciplines (de recherche notamment) travaillent le plus souvent en silos, voire même en courants de pensée (cf les « querelles de clocher ») plutôt que de chercher à comprendre le monde en faisant appel à des connaissances diverses, voire incongrues.
  • L’article se termine par « … soyez ouverts, n’hésitez pas à bousculer la cartographie des savoirs, osez les associations inédites et n’ayez pas peur de transgresser les règles. ». À cette aune-là, nul doute que les atypiques sont naturellement innovants et créatifs!

Voici le contenu de la chronique rédigée par Joëlle Forest et intitulée Devenir créatif, mode d’emploi.

Les innovateurs nous fascinent. Comment les industriels Thomas Edison et Henry Ford ou, plus près de nous, Steve Jobs, cofondateur d’Apple, et Frédéric Mazzella, président de BlaBlaCar, ont-ils réussi à créer des inventions aussi révolutionnaires ? Répondre à cette question oblige à s’extraire de la mythologie qui entoure la créativité. Dans notre tradition culturelle, celle-ci fut d’abord associée au mystère et à l’inexplicable. En effet, en l’absence de connaissances suffisantes pour en rendre compte, les hommes ont eu recours aux mythes, dont le plus tenace est celui de l’intervention divine. Platon participe à la diffusion de cette vision romantique de la créativité car, selon le philosophe, le poète écrit sous la dictée de muses inspiratrices et n’est alors rien d’autre que la main des dieux. Ce mythe de l’artiste inspiré a la vie longue, puisqu’on retrouve cette référence aux muses chez le poète Pierre de Ronsard, au XVIe siècle, ou chez l’écrivain Rudyard Kipling qui évoquait, au début du XXe siècle, le « daemon » qui vivait dans son stylo.

À la Renaissance, les artistes, à l’instar de Filippo Brunelleschi ou Léonard de Vinci, sont considérés comme des savants et « maîtres » au talent exceptionnel. Émerge alors un deuxième mythe, celui d’une création qui résulterait d’aptitudes propres aux rares génies. L’entrée dans l’ère de la modernité imposera cependant un modèle d’appréhension du monde, dans lequel nous nous situons toujours, qui est celui de la conception d’où n’est pas absente la créativité. Si l’on accepte de considérer que notre monde n’est pas gouverné par une logique de créateur, mais de concepteur, on est conduit à penser la nature créative du processus de conception et, ce faisant, à mettre au jour une forme de pensée qui a longtemps été rejetée hors du périmètre de la science : la rationalité créative (1).

De quoi s’agit-il ? De la faculté d’aller voir ce qui se passe en dehors de son métier, de sa discipline, de rapprocher des univers apparemment distincts, de trouver du lien là où il n’en existait pas. C’est précisément ce que déploie Johannes Gutenberg pour créer la presse à imprimer. Maillant les connaissances relatives aux procédés de gravure, à la métallurgie de précision et aux nouveaux alliages issus des progrès dans le domaine de l’artillerie, il développe, au milieu du XVe siècle, des caractères mobiles métalliques. En l’améliorant, il emprunte au pressoir à vin le principe de la vis sans fin, manoeuvrée par un bras qui agit comme l’agent direct de pression sur une platine. Également, pour éviter les bavures, il met au point une encre servant à l’impression qu’il fait plus épaisse que l’encre de Chine utilisée jusqu’alors en Extrême-Orient et au Moyen-Orient. L’exemple de la presse à imprimer n’est pas un cas isolé. On retrouve une dynamique similaire dans la conception du cinématographe des frères Lumière. Cette invention se situe en effet à la convergence de l’industrie photographique naissante, de l’industrie chimique et de l’industrie textile, et emprunte à la machine à coudre le mécanisme du pied-de-biche pour faire défiler les images.

Retrouve-t-on les traces de cette forme de pensée dans les innovations contemporaines ? À suivre l’auteur américain Clayton Christensen, c’est une évidence. La réalisation d’associations d’idées inédites et improbables est précisément une caractéristique des innovateurs, qui ont en commun « d’aimer rassembler le plus grand nombre possible d’idées, de la même manière que les enfants adorent collectionner les briques de Lego » (2). D’inexplicable, la créativité devient, par conséquent, un processus compréhensible. Nul besoin d’être touché par la grâce ou de posséder un gène particulier pour être créatif.

Nous avons tous en nous un potentiel créatif (3) qui ne demande qu’à être cultivé. Alors, si vous souhaitez devenir le futur Mark Zuckerberg, cofondateur de Facebook, ou Brian Chesky, d’Airbnb, soyez ouverts, n’hésitez pas à bousculer la cartographie des savoirs, osez les associations inédites et n’ayez pas peur de transgresser les règles.

(1) M. Faucheux, J. Forest, Creat. Innov. Manag., 20, 207, 2011.

(2) Clayton Christensen, Jeff Dyer et Hal Gregersen, Le Gène de l’innovateur, Pearson, 2013.

(3) Jean Cottraux, À chacun sa créativité, Odile Jacob, 2010.

Joëlle Forest est maître de conférences à l’Insa Lyon, où ses enseignements portent sur l’innovation. Elle est responsable scientifique de la chaire Ingénieurs ingénieux de l’Institut Gaston-Berger financée par Saint-Gobain.

Lien vers l’article sur La Recherche

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *